La révolte gronde parmi les musiciens professionnels dont les enregistrements font l’objet d’exploitations en ligne. Le syndicat suédois SMF prépare des poursuites judiciaires.

Le service de streaming musical Spotify est-il vraiment le business model du futur ? Alors que cette société suédoise voit s’accroître, à un rythme soutenu, le nombre de ses souscripteurs et le volume de ses revenus, les musiciens restent plus que jamais exclus de ce marché.

Si, pour une partie du public, artiste rime avec paillettes et presse people, la réalité est tout autre pour l’immense majorité des musiciens professionnels, qui peinent à vivre de leur métier. La question est désormais clairement posée : les business models de Spotify, Pandora ou Deezer sont-ils délibérément calibrés pour écarter les artistes interprètes des profits qu’ils génèrent ?

Pour la FIM et ses syndicats membres, la réponse ne fait pas de doute. Alors que les coûts d’exploitation en ligne n’ont plus rien à voir avec celles du marché « matériel », les pratiques contractuelles restent calquées sur l’époque révolue du vinyle, des cassettes et autres CD. En termes financiers, cela se traduit pour les artistes par des revenus 10 fois inférieurs à ceux des producteurs pour les enregistrements diffusés en streaming – sans compter la part revenant aux majors en tant qu’actionnaires du service.

Techniquement, le streaming est au 21e siècle que la radio a été au siècle précédent. Certes, l’interactivité du service constitue une évolution déterminante, mais cette interactivité est devenue pour l’industrie du disque le prétexte à une spoliation organisée des artistes. En effet, c’est le niveau d’interactivité qui permet de qualifier la nature juridique de l’acte et d’écarter la « rémunération équitable », un dispositif introduit en 1961 au niveau international et qui permet un partage à 50/50 entre artistes et producteurs des revenus perçus au titre des diffusions par voie hertzienne.

À cela s’ajoute l’opacité totale permise par les clauses de confidentialité des contrats passés par l’industrie avec des services tels que Youtube ou Grooveshark, qui tient les artistes totalement à l’écart de ces accords et rend impossible toute forme de contrôle sur les paiements qui leur sont éventuellement consentis.

Alors que le syndicat suédois SMF fait monter la pression en annonçant des poursuites judiciaires à l’encontre des producteurs, la Commission européenne vient de prendre une initiative visant à « évaluer les différentes approches nationales et les mécanismes permettant de garantir une rémunération aux auteurs et aux interprètes pour l’exploitation de leurs œuvres et interprétations et dans quelle mesure les différences entre états membres peuvent affecter les niveaux de rémunération et le fonctionnement du marché intérieur. »

La révolution de la musique en ligne, commencée à la fin des années 90, n’est pas achevée et doit se poursuivre au bénéfice d’un équilibre général dont les artistes interprètes ne soient pas oubliés. La FIM entend s’y employer activement.

Source: Fédération Internationale des Musiciens FIM

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